Pour une société sans prostitution
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Nicole Borvo, parlementaire

Il n’y a pas de solution miracle. Il faut continuer à marteler les réalités de la prostitution. Mais aussi poser le problème de façon globale : le corps n’est pas une marchandise.
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Sweet Treats
Pharanai Mek Suwannatat

- Le Parti communiste français a clairement pris position sur la question de la prostitution en se déclarant "pour un monde sans exploitation sexuelle". À quand remonte ce choix politique ?

Dès 2001 nous avons été sensibles au phénomène prostitutionnel dans le cadre des objectifs d’ensemble des communistes, droits des personnes et exploitation humaine. Nous avons donc décidé de travailler avec différentes associations pour nous informer et formaliser les choses. En 2002, nous avons organisé un colloque avec des associations et des militants de notre parti, pas tous à l’aise, il faut bien le dire.
Enfin, nous avons déposé une proposition de loi, fruit de l’ensemble de notre réflexion au moment des discussions autour de la loi Sarkozy, laquelle optait pour la stigmatisation des pauvres, des précaires, des prostituées, des mendiants, premier signe d’une longue série répressive. Notre souci était de bien marquer que nous étions résolument abolitionnistes. Notre démarche avait donc un objectif qui ne peut pas être immédiat : que la prostitution des êtres humains devienne un horizon dépassable. La proposition de loi prévoyait ainsi plusieurs aspects : sensibilisation, tout particulièrement des "clients" - qui sont des hommes -, éducation dès le plus jeune âge pour construire de nouveaux rapports de genre, information, prévention. Elle portait également sur les mesures en direction des personnes prostituées, en grande majorité des femmes dans une détresse terrible, avec beaucoup d’étrangères dans un état moral, de santé, d’esclavage insoutenable.

(...)

- Vous déclarez être défavorable à la pénalisation des "clients" ?

À l’époque, en 2001-2002, nous n’avions pas opté pour la pénalisation du "client". Nous nous étions beaucoup interrogés. Je crois qu’il est temps d’engager le débat, même s’il est difficile. Il ne nous paraissait pas probant qu’une amende soit pertinente, en tout cas en France.

Par ailleurs, nous ne pensons pas que mettre des gens en prison va régler quelque chose.
Cela dit, au moment du débat sur la prostitution autour du Mondial de football, Marie-George Buffet m’a dit qu’elle souhaitait mettre cette question en discussion. Le problème est celui de l’efficacité dans un pays où la sensibilisation n’est pas faite. Et celui du mode de pénalisation.

L’expérience suédoise est intéressante mais elle est accompagnée de nombreuses mesures. Il faudrait que l’on manifeste au "client", par la loi, que ce qu’il fait est interdit ; proportionner la peine en l’adaptant à la personne et à ses moyens. Nous ne sommes pas pour une société de répression tous azimuts, nous ne voulons pas que des gens soient enfermés ou considérés comme malades.

Pourtant, il est bon que soit manifestée l’idée que l’on ne peut pas participer à cette exploitation des êtres humains. Pourquoi pas une forme de pénalisation ? À condition que l’idée soit partagée dans le parti.

- Qu’en pensent les militants de base, notamment les hommes ? Votre travail de sensibilisation a-t-il eu un effet ?

Une question comme celle-là ne peut faire l’unanimité. Au PCF, comme ailleurs, il y a des hommes qui vont voir des prostitué-e-s. Et certains qui n’y vont pas ont les mêmes positions. Mais majoritairement, ce que nous disons est partagé. Il faut avouer qu’il y a une méconnaissance entretenue par la place que les médias donnent à certaines personnes qui nous expliquent que la prostitution, c’est la liberté. Sont-elles subventionnées ? On peut se le demander. Elles sortent des bouquins, parlent à la télé, c’est manifestement une entreprise de grande ampleur. (...)

- Que faire face à ces discours ?

Il n’y a pas de solution miracle. Je crois qu’il faut continuer à marteler les réalités de la prostitution. Tout ce qui donne à voir le réel est important. Il faut aussi poser le problème de façon globale en continuant d’affirmer que le corps n’est pas une marchandise. Ce n’est pas de la morale bourgeoise que de dire cela, c’est du respect de la personne.

Il faut sensibiliser les gens, se battre pour l’information et l’éducation face à tous les faux défenseurs de la liberté. Ici même, au Sénat, j’ai bataillé ferme avec Robert Badinter. Moi qui étais à ses côtés sur la question de la peine de mort, je me suis affrontée à lui en 2002, au moment du débat sur la pénalisation des "clients" des prostitué-e-s mineur-e-s. Il m’a dit : "mais comment pouvez-vous prôner la répression, vous qui défendez les libertés ?"

Mais qu’est-ce que cette liberté d’user du corps d’un-e mineur-e ? Et peut-on s’en tirer en invoquant le fait qu’on ne connaissait pas son âge ?

L’objectif que nous fixons est ambitieux et difficile. Il faut le tenir. Ne pas céder aux sirènes réglementaristes, et elles sont fortes.

- Que vous ont inspiré les débats autour du Mondial de football ?

Le fait qu’il y ait eu une mobilisation abolitionniste est une bonne chose. D’abord parce que c’est rare. Les gens se posent des questions là où ils ne s’en posaient pas. En contrepartie, on donne peut-être des armes à ceux qui veulent légaliser parce qu’on est en Europe. Ce qui m’a frappée, c’est le traitement par les médias. Parmi quelques reportages intéressants, on a vu des choses scandaleuses : des bordels allemands présentés comme des boîtes de nuit. Il faut dire que l’on voit régulièrement des films qui montrent une image idyllique ou complètement marginale de la prostitution... Il faut attendre le bilan des pays qui ont réglementé. Et continuer parce que c’est une cause juste.


P.-S.

Nicole Borvo Cohen-Séat est sénatrice, présidente du Groupe Communiste Républicain et Citoyen.
Lire le texte de la loi déposée par Nicole Borvo et d’autres sénateurs en avril 2006 :
Proposition de loi relative à l’exploitation sexuelle et à la protection de ses victimes

Interview issue de Prostitution et Société numéro 153 / avril - juin 2006.

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